Déserts médicaux : à Villejuif, où en sommes-nous ?

Notre région n’est pas épargnée par le manque de médecins et plus particulièrement dans les quartiers les plus pauvres. 

Plus de 30% du territoire de notre région est  aujourd’hui considéré en zone fragile ou déficitaire en médecins d’après l’Agence Régionale de Santé.

Notre département n’est pas épargné par ce phénomène, Chevilly-la-Rue, Gentilly et L’Haÿ-les-Roses font partie des zones fragiles alors que la ville d’Orly est, elle, qualifiée de désert médical.

Villejuif n’est pas répertoriée dans ces zones, cependant nous entendons nos amis, nos collègues ou encore les membres de nos familles rencontrer des difficultés à trouver un médecin généraliste dans notre ville.

En 2015, l’adjoint au maire à la santé faisait part dans la presse locale qu’« à Villejuif, 45% des médecins de ville seront en retraite dans les 5 ans, nous devons nous y préparer ».

À chaque départ en retraite, il est difficile de trouver un remplaçant qui accepte encore de prendre des nouveaux patients.

Plus difficile encore, les personnes âgées rencontrent des difficultés pour trouver des médecins qui se déplacent au domicile des patients.

L’an passé, le médecin généraliste de Suzanne est parti en retraite. Suzanne avait 92 ans, elle vivait au deuxième étage sans ascenseur d’un petit immeuble rue René Hamon. Elle ne marchait plus depuis quelques années suite à un accident vasculaire cérébral, elle ne sortait donc plus de son appartement. Je lui rendais visite dans le cadre d’une association.

J’avais été interpelé par sa fille, suite au départ en retraite du médecin de Suzanne. Elle m’informait qu’elle avait écrit à 20 médecins de notre ville à l’annonce de son départ en retraite mais cette initiative était restée sans réponse. En plein été, nous avons même conduit Suzanne aux urgences pour le renouvellement d’une ordonnance.

Pourtant la prise en soin de sa mère était conditionnée par la nécessité d’avoir un médecin généraliste. Sans prescription, il n’est pas possible de bénéficier de traitements ou du passage d’un infirmier libéral, ou encore d’une prise en charge par les aides-soignants ou des auxiliaires de vie  du service de soins à domicile, …

Cette évocation du quotidien d’une Villejuifoise nous oblige à nous positionner et réfléchir à l’attractivité de notre ville pour les médecins.

Villejuif a pour vocation de devenir un pôle d’excellence de la recherche médicale autour de Campus Grand Parc. À cette innovation de pointe, nous nous devons d’associer un maillage suffisant de professionnels de santé pour prévenir et prendre en soin l’ensemble des habitants, de plus en plus nombreux, de notre ville.

Pour ce faire, nous devons nous engager dans le développement du partenariat entre les professionnels médicaux et paramédicaux :

  • développer l’appropriation du logiciel patient permettant aux professionnels de santé d’échanger des données sur leurs patients.
  • faciliter la rencontre des professionnels pour garantir la fluidité de l’information dans le cadre du conseil local de santé.
  • répertorier l’ensemble des acteurs de soins dans notre ville. Saviez-vous que Villejuif compte 5 structures de prise en charge des addictions ?
  • créer des maisons de santé en bas des immeubles d’habitation. Plus de 1 000 maisons de santé ont été créées en France depuis 2012. Ces maisons offrent à des professionnels libéraux la possibilité de se regrouper et de partager certains de leurs frais, par exemple ceux liés à l’activité de secrétariat, mais aussi de faciliter la continuité des soins en favorisant les échanges.

Ces maisons de santé viendraient compléter les centres municipaux de santé et le SAMI pour favoriser l’arrivée de médecins dans notre ville. Alors que le gouvernement a promis le déploiement et le financement de mille communautés professionnelles territoriales de santé d’ici à 2022, nous nous devrons de construire des Maisons de Santé dans notre ville pour soulager l’hôpital et ses urgences.

Soulager les hôpitaux et permettre aux personnes de rester à leur domicile, voilà l’objectif. Soulager les urgences du Kremlin-Bicêtre qui ont été refaites il y a quelques années pour accueillir 120  à 130 passages par jour et qui reçoivent régulièrement plus de 200 patients par jour.

La présence d’hôpitaux et de stations de métro sur notre ville semblent nous protéger contre la désertification médicale de notre ville. Cependant, nous devons rester très vigilants au nombre de médecins pour 1000 habitants. Plus encore, nous devons permettre que le médecin puisse communiquer sur un territoire avec l’ensemble de ses partenaires du parcours du patient. Pour garantir ce lien et faciliter l’implantation de nouveaux médecins, nous devons créer des Maisons de Santé regroupant plusieurs professionnels de santé pour le bien ou mieux-être des Villejuifois.

Maxime PLUSQUELLEC