Pourquoi M. le Bohellec n’a pas été un « bon Maire »

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Texte Collectif – Réinventons Villejuif 

I] Vie démocratique et Conseil Municipal

    Le Conseil Municipal  fonctionne de plus en plus mal d’une part à cause du péché originel de cette Municipalité : être issue d’une majorité hétéroclite aux élections de 2014 et, d’autre part, à cause de la conduite autoritaire et clivante du Maire.

    Un règlement intérieur avait été adopté en début de mandat, en continuité avec la municipalité précédente. M. le Bohellec n’a pas voulu se plier au fonctionnement démocratique qu’organisait ce règlement si bien qu’à mi-mandat il a fait adopter par sa majorité un règlement expurgé revenant au minimum légal. Désormais, plus de « conférences des présidents »  qui préparaient et organisaient les débats du Conseil et les Commissions, sensées donner un avis sur les points de l’ordre du jour, sont réduites à un simulacre.

    Ainsi l’atmosphère des Conseils Municipaux n’a cessé de se dégrader et la Majorité a fondu progressivement : la première adjointe chargée de l’urbanisme est passée rapidement dans l’opposition suivie de ses amis de EELV. Puis l’adjoint aux finances est passé à son tour dans l’opposition et, enfin, diverses personnalités ont renoncé, au fil des mois, à soutenir le Maire.

    En conséquence, au printemps dernier, M. le Bohellec s’est retrouvé sans majorité au Conseil Municipal pour voter les décisions importantes. Au lieu d’en tirer la conclusion qui se serait imposée à tout homme public rigoureux : présenter sa démission devant le désaveu de la majorité du Conseil Municipal, M. le Bohellec a préféré invectiver son « opposition » en lui reprochant son manque de « sens républicain » ! C’est bien le monde à l’envers puisqu’un Maire n’a de légitimité qu’en tant que représentant d’une majorité au Conseil Municipal !

    Au mois d’octobre M. le Bohellec a convoqué le Conseil Municipal. Celui-ci, qui avait précédemment approuvé le Budget à la suite de pressions que nous ne détaillerons pas, a refusé d’approuver le projet de Budget Modificatif. Et maintenant M. le Bohellec tente de transiger pour régler quelques affaires courantes avant la fin du mandat, comptant sur le gong pour ne pas avoir à convenir de son échec. En effet, ce véritable échec de la vie démocratique est soigneusement occulté dans une communication qui célèbre à grands frais les mérites de M. le Bohellec.

    La vie démocratique n’est pas plus satisfaisante à l’extérieur du Conseil Municipal : 

  • les oppositions n’ont plus accès, comme naguère, aux salles municipales
  • les panneaux d’affichage libre ont été supprimés ou déplacés (réduits au minimum légal). Mieux, ils sont nettoyés très régulièrement par une entreprise privée, si bien qu’un affichage ne peut pas rester en place plus de quelques jours. Ce détail, parmi d’autres, illustre bien la volonté active de M. le Bohellec d’empêcher l’expression des opinions différentes de la sienne plutôt que de l’encourager ou, au moins, de la permettre. 
  • les Conseils de Quartier qui avaient été promis n’ont pas vu le jour. Plus précisément, quelques Conseils ont été ébauchés, selon la loi, dans les quartiers prioritaires. Ils se sont essoufflés fin 2016. Et il est piquant de lire dans la presse que M. le Bohellec justifie cet échec par « l’appropriation par des opposants politiques » : quelle conception du débat démocratique est-elle exprimée dans cette affirmation ? …
  • à côté de cette extinction des moyens d’expression publique M. le Bohellec s’enorgueillit de l’organisation des « débats nespresso ». Ces débats ont été organisés à grands frais (payés par le contribuable) par un cabinet spécialisé. Ces réunions publiques ne laissaient la place à aucun débat et seule la parole du Maire y était mise en scène. Au lieu d’être des moments démocratiques ces réunions se sont avérées n’être qu’une tournée préélectorale menée par M. le Bohellec aux quatre coins de la ville et organisée par des spécialistes de la « communication ».

Le bilan est que la démocratie a sensiblement régressé au cours de cette mandature.

II] Gestion municipale

    Finances

M. le Bohellec vante sa gestion des finances en argumentant sur deux points inégalement contestables.

Il est en effet certain que la liquidation des « emprunts toxiques » issus de la crise financière de 2008 a sensiblement progressé depuis 6 ans.  Mais il faut savoir que cet assainissement était largement engagé par la municipalité précédente et que, d’autre part, il n’est pas complètement terminé. De plus, les décisions de nettoyage des emprunts toxiques ont été prises avec l’accord et le soutien des oppositions.

Mais l’autre point est beaucoup plus contestable puisqu’il a donné lieu à un véritable mensonge de la communication municipale. Pour M. le Bohellec les impôts locaux n’auraient pas augmenté. Nous avons pu lire cette affirmation en gros caractères sur l’affichage municipal dans toute la ville et ce slogan est repris en toutes occasions. Or la lecture de notre avis d’impôt annuel nous montre bien que notre taxe d’habitation a augmenté. D’où vient cette augmentation ? La réponse se trouve en toutes lettres sur l’avis d’impôts lui-même :

« Pourquoi ma taxe d’habitation a-t-elle augmenté ?

Il existe plusieurs réponses possibles :

  • votre situation personnelle a changé …
  • les collectivités locales (commune … ) dont vous dépendez ont voté une augmentation du taux d’imposition, une baisse des abattements ou bien une nouvelle taxe

…     »

On peut donc lire qu’une baisse des abattements qui entrent dans le calcul de la taxe d’habitation a le même effet qu’une hausse du taux d’imposition. Or, en 2016, M. le Bohellec a fait adopter au Conseil Municipal une baisse significative de l’« abattement général à la base » … et il ose affirmer qu’il n’a pas augmenté les impôts locaux !

    A titre d’exemple, un grand appartement au centre-ville a vu sa taxe d’habitation augmenter de 10 % entre 2013 et 2019, soit environ 200 €. Près de la moitié de cette augmentation est de la responsabilité de la politique municipale.

    Dans le domaine de la fiscalité on peut aussi commenter la taxe de séjour instituée par M. le Bohellec. S’il est nécessaire d’assurer des rentrées pour équilibrer les finances municipales, est-il vraiment judicieux d’instituer une taxe qui va frapper essentiellement les clients de nos hôpitaux et leur famille qui constituent la plus grande partie de la clientèle de l’hôtellerie de Villejuif ?

Enfin il y a la gestion des ressources budgétaires municipales qui est tout à fait critiquable car elle constitue, par elle-même, un grave déficit démocratique. Chaque année, le Maire fait approuver par le Conseil Municipal un budget qui est un contrat annuel matérialisant tous les aspects de la politique municipale : effectifs du personnel municipal, crédits de fonctionnement, investissements, etc, … Or, depuis plusieurs années, M. le Bohellec n’a engagé que 70 à 80 % du budget en fin d’année ! Certes l’argent ne disparait pas … il est reporté dans le budget de l’année suivante … mais le contrat n’est pas rempli, les promesses ne sont pas tenues !  … et, par exemple, on a pu voir récemment « sortir du chapeau » 3 millions d’euros qui n’avaient jamais été votés en Conseil Municipal pour des travaux de voirie. Chacun peut d’ailleurs constater la multiplication des travaux de voirie, certes bien venus, à l’approche des élections.

   III] Gestion du personnel

Il y a d’abord la gestion des effectifs qui souffre de l’opacité que l’on vient de décrire. Le budget prévoit des effectifs qui ne sont pas réalisés faute des recrutements correspondants. Il ne sert  donc à rien de discuter des effectifs nécessaires si les effectifs votés ne sont pas mis en œuvre dans la réalité. 

Mais surtout, le climat social est au plus bas. M. le Bohellec a adopté une posture clivante d’hostilité active à l’encontre des représentants du personnel. La tentative de créer un « syndicat maison » a été faite sans réel succès. Le comité de gestion des activités et aides sociales a été vidé de sa substance, etc, … Le résultat est un ensemble de services désorganisés avec un taux d’absentéisme qui a explosé. Un rapport de la médecine du travail dénonce la souffrance au travail, le non remplacement des absents, les plaintes pour harcèlement, la précarisation …

La conséquence est une baisse sensible de l’efficacité des services.

Les services publics

Il est vrai que la plupart des services publics ont continué de fonctionner en assurant la continuité. Cependant, on a constaté de profondes inflexions dans plusieurs domaines.

La politique jeunesse, par exemple, a été complètement détricotée. L’Adjointe à la Jeunesse qui vient d’annoncer sa démission en ce début décembre l’affirme elle-même. Alors que diverses actions étaient précédemment menées sur les quatre axes Prévention, Insertion, Education et Loisirs elles ont toutes été abandonnées pendant trois ans. A mi- mandat, on a observé une timide reprise au niveau des loisirs et surtout une recrudescence de la communication sur ce thème ne correspondant à rien de concret sur le terrain. 

L’animation des quartiers a été vidée de sa substance. En particulier les MPT et les structures de proximité qui jouaient dans ce domaine un rôle important ont vu leurs moyens sensiblement réduits et ne sont plus à même d’être la force de proposition qu’elles ont été. Elles sont réduites à accueillir des activités sur lesquelles elles n’exercent aucune coordination.

Dans le même temps la Mairie multiplie les animations à grand spectacle (et à grands frais) qui ont toutes lieu au centre-ville. On peut citer : les vœux du Maire, le feu d’artifice du 14 juillet, plusieurs animations estivales au Parc Pablo Neruda …

Disons un mot de la Police Municipale. Sa création était au programme de la plupart des listes, il y a six ans. L’équipe municipale l’a créée et a développé la vidéo-surveillance. En six ans nous ne disposons d’aucun bilan d’étape, d’aucune évaluation ni même d’une note sur les missions de cette police … Nous aurions apprécié qu’une dose de prévention soit intégrée. Dans le domaine de la sécurité et de l’intégration des quartiers il y avait une instance très intéressante : le CLSPD comme Comité Local pour la Sécurité et la Prévention de la Délinquance avec sa déclinaison dans les quartiers qui regroupait police, justice, services municipaux, bailleurs et représentants de la population (associations, etc, …). M. le Bohellec ne l’a réinstallé que très tardivement sans, malheureusement, restaurer l’implication de la population, en particulier dans les quartiers.

Dans le domaine de l’enfance et de la petite enfance on constate une nette orientation vers la privatisation : les trois ( ?) nouvelles crèches à Villejuif sont privées ainsi que le nouveau lycée à Villejuif qui a été efficacement promu par M. le Bohellec (le terrain a été vendu par la commune dans des conditions très avantageuses). Cela ne correspond pas à nos idées sur le rôle de la collectivité dans l’organisation des services publics. Et, de plus, il nous paraît paradoxal qu’un Conseiller Régional (le Conseil régional est chargé des investissements pour l’enseignement secondaire), quand il est en même temps Maire de Villejuif, fasse appel à l’enseignement privé pour installer un lycée dans sa commune.

Cette orientation vers la privatisation se retrouve dans plusieurs domaines : surveillance et verbalisation du stationnement, nettoyage de voieries, travaux ponctuels, organisation d’évènements … et surtout avenir de l’office d’HLM. En effet, M. le Bohellec a choisi d’intégrer l’Office Municipal à un gros organisme qui, tout en dépendant de la Caisse des Dépôts et Consignations a une vocation de gestion de patrimoine immobilier, c’est-à-dire une orientation beaucoup plus financière que sociale. On peut parler d’une privatisation.

Enfin, dans le domaine du développement durable, tout est communication mais peu a été fait. Il y a eu des nichoirs à oiseaux inaugurés au printemps, un chalet de 60 m2 inauguré à quelques mois des élections … mais aussi des arbres coupés (  … ), des espaces verts supprimés dans les périmètres des hôpitaux sur le nouveau PLU. M. le Bohellec se révèle plus soucieux d’attirer les promoteurs que de développer les espaces verts.

IV] VILLEJUIF DEMAIN

Ce que nous voulons pour demain à Villejuif c’est une ville qui accueille tous ses habitants en leur offrant tout ce qu’une ville leur doit : un logement pour tous  adapté à ses besoins et à ses moyens, des équipements scolaires, sportifs et culturels et enfin un aménagement de la ville qui améliore l’environnement dans un souci de développement durable favorisant la mixité sociale et fonctionnelle.

Or pendant cinq ans qu’avons-nous vu, alors que les dernières projections prévoient 70 000 habitants à Villejuif en 2025 ( ?) ? Certes deux programmes de constructions scolaires ont été achevés (agrandissement de Jean Vilar et construction de Simone Veil)  mais ces programmes avaient été adoptés et initiés au cours de la précédente mandature. Depuis que sont connues ces nouvelles projections démographiques, aucun nouveau projet n’a vu le jour. D’ailleurs, d’une façon plus générale, M. le Bohellec n’a pas jugé bon de présenter un Plan Pluriannuel d’Investissements.

Et parallèlement nous voyons M. le Bohellec s’enorgueillir de favoriser les promoteurs qui multiplient les constructions d’immeubles de standing. Si le nombre et la répartition des logements sociaux à Villejuif pouvaient être débattus, nous assistons à des choix qui auront des conséquences extrêmes que nous désapprouvons catégoriquement. En effet, que nous prépare M. le Bohellec : une ville qui deviendrait un quartier agréable du Grand Paris où viendraient se réfugier les cadres moyens et supérieurs chassés de Paris intra-muros par le prix de l’immobilier qui n’a pas fini de croitre. Mais, dans le même temps, le logement à Villejuif deviendrait inaccessible non seulement aux plus modestes mais aussi aux personnes à revenus faibles et moyens qui travaillent à Villejuif (personnel infirmier, enseignants, personnels municipaux, …) et qui seraient contraints de s’éloigner de leur lieu de travail dans un processus de ghettoïsation malheureusement trop bien connu. Concrètement, Villejuif est aujourd’hui assailli de grues produisant des immeubles vendus à 7500 € le m2. Acheter un 80 m2 sur notre commune c’est déjà 600 000 € … Une somme qui ferme la porte à un enseignant ou un agent hospitalier. Ces derniers, qui sont éligibles au logement social, ne peuvent pas non plus s’y loger faute de disponibilités.


En résumé, nous formulons des critiques graves sur la gestion de M. le Bohellec :

  • une posture violente et clivante qui, d’une part l’a rendu incapable de maintenir la cohésion de sa propre majorité et, d’autre part, a conduit à la désorganisation des services de la Mairie
  • une série de mesures conduisant à l’extinction de la vie démocratique (mauvais conduite des Conseils Municipaux, suppression des moyens d’expression des oppositions, disparition des Conseils de Quartiers, …)
  • une gestion financière opaque : non-respect des budgets votés en Conseil Municipal … ramenant à zéro la démocratie municipale

Mais au-delà de la gestion, c’est bien l’orientation de la politique de M. le Bohellec que nous condamnons : 

  • abandon de l’intégration des quartiers au profit du centre-ville
  • privatisation des services (crèches, lycée, nettoyage …) jusqu’à la gestion des HLM
  • un développement entièrement centré sur les promoteurs de logements de standing qui chasse inéluctablement de Villejuif les populations modestes et de revenus moyens.

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