Sécurité à Villejuif. Au-delà des incantations : état des lieux et perspectives

Notre principal objectif était de pouvoir nous détacher de nos réactions spontanées qui induisent fortement notre appréciation de la sécurité ou de l’insécurité urbaine. Pour avoir une prise de recul suffisante, nous avons choisi de nous appuyer sur le rapport de l’Observatoire National de la délinquance et des réponses pénales, paru en juin 2019 et dont l’objet a été de diffuser les statistiques de la délinquance en 2017 sur le territoire du Grand Paris. Ce rapport permet de donner une tendance intéressante sur le sujet sensible de l’insécurité, rapporté au contexte local de Villejuif et en comparaison avec celui constaté dans les autres communes du Grand Paris.

Sommes-nous complètement en sécurité, partiellement en sécurité, ou au contraire en insécurité croissante à Villejuif ? 

Il est important de souligner que les chiffres relatés dans ce rapport sont ceux des forces de l’ordre. Nous pouvons par conséquent considérer que ces statistiques n’intègrent que les faits objectivement déclarés. 

L’un des constats les plus emblématiques de ce rapport est l’identification très claire des territoires de la délinquance. Certaines communes sont indéniablement plus impactées par certains actes de délinquance clairement identifiés. Quand nous évoquons le concept de la délinquance, plusieurs facteurs sont à prendre en compte pour classifier les différents types de nuisance.

Premier enseignement, Villejuif se classe dans la moyenne de l’ensemble du territoire du Grand Paris, en tenant compte de la moyenne des critères mesurés dans l’étude. Cependant, nous constatons des variations significatives, selon la nature et la gravité des infractions déclarées et enregistrées par les forces de police. 

Pour illustrer ce constat, nous vous partageons ci-dessous quelques analyses de ce rapport permettant d’illustrer les différentes dynamiques de la délinquance à Villejuif, en fonction des critères retenus pour évaluer cette criminalité :

  • Vol sans violence : le taux est de 5,3 pour 1 000 habitants. Il est identique à la moyenne du territoire. Le nord de Paris et les villes de la banlieue nord sont plus touchés. Le constat à Villejuif est similaire à ceux de ses villes voisines comme Ivry-sur Seine, Vitry-sur-Seine, ou encore le 13eme arrondissement de Paris. Le Kremlin-Bicêtre (7,1/1 000) et Arcueil (6,5/1 000) sont, elles, davantage touchées par ce phénomène. 
  • Vols avec violence : le constat est quasiment le même puisque nous nous classons dans la moyenne basse du territoire (3,1/1 000 contre 3,9/1 000). Le nord du Grand Paris est là encore plus impacté.
  • Cambriolages : il s’agit en revanche d’un indicateur beaucoup plus alarmant car Villejuif est largement au-dessus de la moyenne (15,5/1 000). Nous sommes même dans le haut du classement, au même titre que certaines des villes de Seine Saint-Denis les plus usuellement connues pour la forte paupérisation de leur population et leurs grands ensembles de logements sociaux, telles que La Courneuve (l’autre terminus de la ligne 7 du métro), Aulnay-Sous-Bois et le Blanc Mesnil. Villejuif est même mentionnée spécifiquement au même titre que Drancy pour évoquer la recrudescence localisée de ce type de méfaits.
  • Vols de véhicule : Villejuif se classe dans la moyenne du Grand Paris. Gentilly et Arcueil, villes limitrophes ou très proches du territoire de notre commune, sont toutefois citées en haut du classement, ce qui constitue en soi un motif de satisfaction tangible.
  • Déclarations de dégradation et de détérioration : Villejuif se situe dans la moyenne du territoire (4,6/1 000). Dans le Val-de-Marne, Créteil (6,6/1 000), Valenton (6.1/1 000) et Villeneuve Saint Georges (7.7/1 000) sont les communes qui ressortent en tête de la thématique.
  • Infractions à l’usage de stupéfiants : ce critère est particulièrement intéressant pour Villejuif qui est souvent présentée comme une « plateforme tournante » ou d’un « centre commercial » du cannabis en Ile-de-France. Le taux est de 3 pour 1 000 habitants sur notre ville pour une moyenne de 3,4 pour 1 000 habitants sur le territoire du Grand Paris. Là encore, le Nord de paris et certaines villes du Val-de-Marne sont, elles, très largement touchées et dans de bien plus larges proportions que notre commune. Le rapport confirme que le nombre de faits déclarés liés à l’usage de stupéfiants sur le territoire du Grand Paris est en augmentation de 10% en 2017. Sur ce critère, Villejuif est encore dans la moyenne basse, tout comme ses voisines. Par contre, les villes du département plus éloignées de Paris sont, elles, plus impactées par cette recrudescence d’incivilités. Le rapport évalue plus précisément le nombre des faits déclarés selon les heures de survenance. Les faits augmentent progressivement au fur et à mesure du déroulement de la journée. Pour le week-end, les déclarations diminuent plus tard (vers 3h du matin). 
  • Agressions sexuelles : il s’agit du 2ème point noir puisque le ratio des agressions sexuelles est élevé par rapport aux autres formes d’infractions identifiées. Le Quotient Local Constaté (QLC) est de 7. Ce chiffre est dans la moyenne supérieure voir élevée si nous le comparons à l’ensemble du territoire du Grand Paris. Les villes du Kremlin-Bicêtre (12/1 000) et d’Ivry-sur-Seine (17/1 000) sont, elles, dans le haut du tableau. Le taux d’actes pour 1 000 habitants est cependant dans la moyenne du territoire. Il s’agit là principalement d’une surpondération de ces délits dans l’ensemble des actes de délinquance de Villejuif. 

Depuis 6 ans maintenant, notre municipalité a mis en place une police municipale (40 postes à temps plein ont été créés pour une ville qui recense environ 800 agents). Des diagnostics ont été co-financés pour l’installation de systèmes de vidéosurveillance, aujourd’hui au nombre de 60 sur l’ensemble du territoire communal. 

Malgré les différentes sollicitations menées par l’opposition auprès des élus de notre ville, le débat sur la sécurité des administrés n’a jamais été organisé de manière démocratique (que ce soit en Conseil Municipal ou l’occasion de rencontres spécifiques avec les citoyens).

Nos propositions pour la sécurité des villejuifois.

1 / Concernant le vivre ensemble :

Nous pensons que la sécurité est une problématique globale. Il ne suffit pas de mettre des caméras pour assurer la sécurité de manière pérenne. Pour mener une politique de sécurité, il faut renforcer le rôle des associations et permettre la mise en place de lieux d’échanges et de culture. 

A ce titre, nous voulons renforcer les structures existantes et redonner aux Maisons Pour Tous (MPT) une place centrale dans la vie des quartiers. 

Il est également nécessaire de donner aux acteurs sportifs de Villejuif une place primordiale dans l’éducation populaire.

Il faudra ainsi adapter les aides aux associations pour permettre aux acteurs associatifs et sportifs de voir la municipalité comme un compagnon de route de l’éducation populaire.

2 / Concernant la police municipale :

Si nous sommes favorables au maintien de la police municipale, nous estimons aussi que ses missions de fond doivent être recentrées autour du développement des actions de prévention.

Nous proposons ainsi de former et d’accompagner les agents à la médiation afin de leur permettre de mieux gérer les situations conflictuelles. 

Nous proposons aussi de mener des actions de sensibilisation avec les policiers municipaux dans l’ensemble des quartiers de la ville pour favoriser le dialogue et le vivre ensemble. 

Les horaires des rondes dans tous les quartiers de la ville devront également être adaptées pour permettre un dialogue permanent et constant entre les policiers municipaux et les habitants.

3 / Concernant la vidéosurveillance :

Nous regrettons que la mise en place de la vidéosurveillance sur Villejuif ait été réalisée sans concertation avec les habitants.

Par ailleurs, le coût de la mesure est élevé et évalué à 1 million d’euros (100 000 euros financés par la région, 30 000 euros par un fonds ministériels et 870 000 euros par la ville). A cela s’ajoute la rémunération quotidienne des agents assermentés pour assurer le visionnage des images et leur contrôle. 

Aussi, nous proposons un contrôle démocratique du déploiement de la vidéosurveillance sur notre ville par le biais d’un audit indépendant du dispositif tous les 5 ans. Le résultat de cet audit sera débattu en conseil municipal pour piloter les ajustements nécessaires potentiels.

4 / Concernant le Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD). 

Cette instance de concertation locale, présidée par le Maire, rassemble le Préfet, le Procureur de la République, le Commissaire de police, les élus à la Tranquillité Publique et les acteurs locaux (services de la ville et du département, Éducation nationale, RATP, etc.).

Nous proposons de le décentraliser dans les différents quartiers villejuifois pour en améliorer l’utilité. 

Nous proposons aussi d’instaurer des débats avec l’ensemble des Villejuifois(es), des services de la ville et des partenaires pour échanger autour du rôle de la municipalité et des missions conférées aux différents services dans notre ville. Ces concertations permettront d’établir à mi-mandat un plan d’actions concret face aux enjeux de la délinquance sous toutes ses formes, dans l’objectif d’adapter les mesures prises par le CLSPD dans les différents quartiers.

Par ailleurs, nous proposons que les chiffres de la délinquance dans notre ville puissent faire l’objet d’une présentation annuelle en conseil municipal afin de déterminer TOUS ENSEMBLE les orientations prioritaires de notre ville pour lutter efficacement contre l’insécurité vécue par chaque habitant. 

5 / Concernant la lutte contre les agressions sexuelles et plus particulièrement les violences faites aux femmes 

La réappropriation de l’espace public par les femmes est une nécessité. Nous sommes ainsi favorables à la création d’un pôle dédié à l’égalité femmes-hommes au sein de la ville. Il aura pour principale mission de permettre aux femmes de se réapproprier l’espace public dans les différents quartiers de la ville. 

Ce pôle devra également accueillir, en lien avec la Maison de la Justice et du Droit, des permanences pour venir en aide aux femmes agressées. 

Une communication particulière sera faite dans les différents espaces publics et à destination des écoles, collèges et lycées afin de prévenir les agressions et de faire changer les mentalités. 

Construire une ville plus sereine en phase sur les problématiques réelles de nos concitoyens est possible. La sécurité doit être intégrée dans le développement du vivre ensemble. Sans quoi, une politique municipale ne peut pas obtenir de résultats satisfaisants dans ce domaine.

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